Loup

Partie 1- Le froid

Ses lèvres bleutées s’ouvraient à peine, laissant couler un filet d’air à chaque respiration pénible et douloureuse avec ce froid.  Que dire de ses paupières lourdes?  Elle les referma.  La jeune fille savait que c’était un piège, qu’elle devait rester éveillée.  Mais, totalement égarée, elle voulait seulement se reposer un peu après avoir marché pendant des heures contre le vent glacial et cette tempête de neige qui la martelait à chaque pas; des milliards de petits flocons piquants sa peau et sa cornée.  Elle devait reprendre son souffle, faire du moins une pause pour ses yeux.  Pourtant, la jeune fille connaissait l’idée mauvaise.   Ses paupières allaient coller ensemble à cause du froid, des larmes qui coulaient sur son visage et ensuite, elle ne pourrait plus les ouvrir.

Elle percevait la vitalité de cet arbre sur lequel elle s’était appuyée, désespérée, transie.  La jeune fille sentait presque la chaleur émaner de cet être en dormance, la sève ne circulant plus sous l’écorce en attendant le printemps.  Elle ressentait ce monde chaud, vivace en comparaison à son corps glacial.  Son âme s’échappait-elle?
Plusieurs heures passèrent, mais l’égarée vivait toujours.  La jeune fille respirait plus lentement par contre.  Le bout de ses doigts et ses orteils maintenant transformés en des blocs de glace, elle n’arrivait plus à les bouger.  Ses paupières demeurées fermées, elle sombra dans un sommeil profond.

La jeune fille ouvrit les yeux et remarqua qu’elle courrait à vive allure à travers les bois, poursuivie par une bête.  La forêt apparaissait moins dense qu’avant la tempête, même clairsemée par endroit.  De hauts arbres se dressaient dans le bois, les premières branches commençant bien plus haut que sa tête. C’était une nuit parfaite sans nuages et l’on y voyait clair comme en plein jour.  Elle pouvait suivre parfaitement son chemin dans la neige qui reflétait la pleine lune.  Elle courrait vite, mais sentait que le loup gagnait du terrain.   La jeune fille se faufilait entre les arbres, le couvert blanc ralentissait ses pas.  Elle entendait la bête haleter derrière.  Son cœur martelait sa poitrine à vive allure.  Son corps se faisait chaud, brûlant, son front ruisselait de sueur.   Au moment où les pattes du loup lui attrapèrent les hanches, elle s’éveilla en sursaut.

PARTIE 2- L’homme

La jeune fille s’était redressée, maintenant assise sur un lit de fortune sur lequel elle avait été allongée.  Elle n’avait pas porté d’attention à cacher ses seins lorsqu’elle s’était éveillée.  Après avoir repris ses esprits, elle tira sur les draps et se recoucha.  Un homme la regardait.

Un frisson parcourut son corps, un courant d’air glacial s’étant glissé sous les couvertures. Un relent de musc provenant d’une fourrure posée sur elle fit son chemin jusqu’à ses narines.  Elle se sentait bien quoiqu’un peu inquiète.  La jeune s’était rendu compte avec le froid humide qui régnait dans la pièce et la sensation du loup sur sa peau qu’elle gisait entièrement nue sous la toison.  Comme si l’homme avait lu dans ses pensées, il dit :
-Je t’ai trouvée trempée, si je n’enlevais pas tes vêtements, tu serais morte gelée à cette heure

Elle tenta d’ouvrir ses yeux péniblement, mais ses paupières pesaient encore une tonne.  La jeune fille aperçut entre ses cils la silhouette obscure de l’homme. Il possédait de longs cheveux gras attachés à l’arrière par un lacet.  Il portait une chemise blanc cassé et elle pouvait voir sa forte musculature en transparence grâce au feu brûlant dans l’antre.  Les flammes éclairaient partiellement la chambre exiguë en bois rond d’une lumière sombre. Le visage de l’étranger arborait une barbe blonde de plusieurs jours grossièrement taillée.  Elle ouvrit davantage ses yeux et posa son regard sur ses mains grandes et râpeuses, la peau tannée comme du cuir.  L’homme était penché vers l’avant et travaillait entre ses genoux.  Il tournait une pièce entre ses doigts.  Elle se concentra sur l’objet, essayant de le discerner dans le noir.  C’est à ce moment qu’elle vit une longue lame refléter la lumière du feu.  Elle ferma rapidement les paupières comme si elle pouvait faire disparaître cette vision lugubre.  La jeune fille tenta de se calmer et raisonner, mais son cœur s’emballait.  C’était bien normal pour un chasseur de vouloir aiguiser un couteau, n’est-ce pas? Elle maudissait maintenant son fort penchant pour les romans de Mary Higgins Clark et Stephen King.

-Comment m’avez-vous trouvé?

La jeune fille prononça ses mots du bout des lèvres un peu tremblantes.  L’homme se leva et se déplaça dans la pièce causant un grincement sinistre des planches du parquet.  Grand, au moins 6 pieds, à sa démarche, on l’imaginait fort comme un boeuf.  Il portait un vieux jeans troué aux genoux.  On pouvait voir l’acier sous le cuir usé de ses bottes et ses vêtements souillés n’avaient probablement pas été lavés depuis plusieurs jours.
-Je marchais dans la forêt… tu te trouvais par terre au pied d’un arbre.  Je t’ai ramené ici.
Le chasseur reprit son couteau et entreprit la taille d’un morceau de bois.  Un long silence s’en suivit.  Le vent hurlait dehors s’engouffrant entre les rondins de la cabane.  Faisait-il le jour ou la nuit?  Elle réalisa qu’elle avait extrêmement soif.  La bouche sèche, la jeune fille lui demanda :
-Avez-vous quelque chose à boire?  Elle se leva en tirant sur la peau pour s’assurer que son corps était couvert.

L’homme se rendit à un autre coin de la pièce où traînait un bidon crasseux sur une petite table.  Il remplit une gamelle de métal et s’avança vers sa rescapée en la fixant de son regard bleu acier. Il lui remit rudement le bol empli d’eau.  Elle en but quelques gorgées et reposa le récipient.  Soudainement, sa tête tourna, sa vue s’embrouilla, malgré ses efforts, ses yeux se refermèrent et elle sombra.

Partie 3- La forêt

La jeune fille se trouvait à nouveau dans les bois, mais elle marchait cette fois-ci. Il neigeait à plein ciel et elle pouvait ouvrir difficilement ses yeux pour regarder son chemin.  Perdue,  la jeune fille tournoyait à la recherche d’un sentier ou d’un repère quelconque.  Elle sentait l’angoisse monter.  Il y avait une présence dans la forêt.  « Allo!  Il y a quelqu’un? » Les arbres chuchotaient. Elle étendait des animaux grognés derrière elle, puis avant que la jeune fille puisse se retourner, un cri!

En se réveillant, elle réalisa que ce son strident émanait de sa propre gorge.  On entendait également le rugissement du vent dehors ou était-ce le hurlement d’un loup?  Cela lui glaça le sang.
— Où sommes-nous?

Un rictus se dessina sur le visage de l’étranger, puis il émit un petit rire étrange.  Elle remarqua qu’il s’affairait à la fabrication d’un arc et regardait attentivement la pièce de bois entre ses mains.  La jeune fille décida qu’elle en profiterait pour s’habiller.  Elle passa la première veste à carreaux malodorante qu’elle aperçut et une paire de pantalons en toile sale et bien grand pour son corps frêle.  Elle glissa ses hanches fines dans le vêtement et dut le nouer sur le côté pour ne pas le perdre en marchant.  Lorsque la rescapée demanda où se trouvaient les toilettes, le chasseur lui pointa la porte de sa cabane.  Elle enfila donc ses mocassins à l’entrée et sortit à l’extérieur.  Il faisait nuit.  Le vent soufflait de manière terrible, la cime des épinettes pliant sous les bourrasques.  Il devait y avoir au moins un mètre d’accumulation de neige juste devant l’habitation.  Elle vit une paire de raquettes près de la vieille masure en rondins noircis, elle les chaussa.  La jeune fille marcha pendant environ 3 minutes.  Il n’y avait aucun voisin alentour.  Elle se rendait compte également qu’aucune autre construction ne bordait la cabane.  La rescapée décida de ne pas trop s’éloigner pour se soulager en se rappelant les hurlements.  En fait, les images de son rêve la hantaient et elle ne se sentait pas très rassurée.  Elle rentra donc rapidement à l’intérieur.
— j’imagine que vous n’avez pas le téléphone…

L’homme jugeant sa question de nature rhétorique, il ne s’inquiéta pas de lui répondre.

Partie 4- Le bidon

La jeune explora la pièce dont une grosse marmite suspendue par la crémaillère au-dessus du feu.  Elle jeta un œil à l’intérieur; une sorte de ragoût y bouillonnait et une odeur de gibier s’en échappait.  Son ventre grogna.  Elle mourrait de faim.  Étant donné qu’elle ne craignait pas que l’étranger lui reproche ses mauvaises manières, la rescapée décida de se servir.  Elle prit sa gamelle et y versa une bonne cuillerée de la gibelotte brunâtre.  Malgré son goût fade, le plat consistant la rassasia après quelques bouchées.  Les forces lui revenaient et la jeune fille commençait à éprouver le vif besoin de quitter cette maison au plus vite.  L’homme l’inquiétait et elle ne voulait surtout pas abuser de son hospitalité:
-Je vais partir tantôt.  Merci pour tout.
Elle s’approcha, empoigna ses effets qui séchaient près du feu et chercha un endroit pour se vêtir.  Il lui répondit :
-impossible…
Dans un coin sombre et poussiéreux, dos à lui, elle posa la chemise à carreaux parterre.  Ses dessous empestait la fumée et son lainage puait l’humidité.  La jeune fille sentit un regard insistant lui vriller les omoplates au moment où elle passa son chandail au-dessus de sa tête.  Elle devait également baisser les pantalons de toile pour enfiler les siens. La rescapée ferma les yeux pendant l’opération afin de diminuer son malaise.
L’homme continua son explication de sa voix caverneuse :
-À cause de la tempête. Ici pour au moins 2 jours…Il faut compter 5 heures de marche par beau temps de la plus proche route.  On doit attendre que le tout soit dégagé pour se donner la chance de croiser quelqu’un qui vous ramènera.

Assise sur le lit, immobile depuis plusieurs minutes elle angoissait.  Le chasseur continuait de fabriquer des objets avec son grand couteau de chasse.  Il ne semblait pas éprouver le besoin de se reposer.   Le lourd silence ne permettait pas à la jeune fille de se détendre.  Elle tenta d’abord d’échafauder un plan pour s’enfuir, mais ensuite, consciente du risque de partir pendant la nuit, elle écarta ce projet.  Pour le moment, cela s’avérerait une bêtise.  La rescapée ne savait pas dans quelle direction elle devait marcher pour rejoindre la route.  Elle ne pouvait pas compter sur les étoiles ou le soleil pour se guider avec les nuages.

Ses yeux s’étaient maintenant habitués à la lumière qui régnait dans la pièce et elle observait les objets qui encombraient le décor: sur les murs, de nombreux trophées de chasse, tête d’orignal, d’ours, peau de chats sauvages.  N’y avait-il pas des espèces considérées en voie d’extinction ou protégées parmi ses prises?  Qui était-il? Un ermite qui se foutait des lois?  Pourquoi l’avait-il ramenée ici?

L’homme brisa le silence en se raclant la gorge bruyamment et en se levant de sa chaise.  Celle-ci émie un craquement sec.  Il se dirigea lourdement vers l’entrée de la cabane, puis sortit à l’extérieur.  La porte demeurée ouverte pendant quelques secondes permit au vent et à la neige de couvrir tout le vestibule.  La jeune fille profita de son absence pour approvisionner son sac à dos.  Après y avoir caché quelques boîtes de conserve, ses yeux se posèrent sur le bidon crasseux sur la table.  Elle éprouva un sentiment étrange à la vue du récipient de plastique blanc.  Elle se rappela le malaise qu’elle avait ressenti après avoir avalé quelques gorgées de l’eau qu’il contenait.  Paradoxalement, assoiffée, elle éprouvait qu’une seule envie, s’en prendre une bonne lampée.  La jeune fille se convainc qu’à cause du stress, elle avait souffert d’un simple étourdissement.  Elle rangea son sac sous le lit de fortune et se dirigea vers la petite table basse.  Le bidon reposait fièrement sur ses planches inégales.  Lourd et poisseux, le contenant glissait entre ses mains, mais la jeune fille tentait frénétiquement de le soulever, pousser par le besoin de boire.  Elle avait si soif.  Elle voulait son eau à tout prix.  Le jeune fille plaça les lèvres sur le rebord de plastique rugueux et avala rapidement quelques gouttes.  Une bonne rasade se déversa enfin dans sa gorge.  L’extase. Puis le dégoût, elle cracha ce qu’il lui restait dans la bouche et reposa rudement le bidon sur la table.  La jeune fille regarda l’objet de son désir d’un œil curieux, puis retourna s’asseoir sur le lit au moment où l’homme entrait dans la pièce.

Partie 5- Le loup

Le chasseur prit place lourdement sur sa chaise sans porter attention à sa rescapée.  Plusieurs heures passèrent.  Pendant ce temps, assise bien droite sur le lit, elle attendait patiemment.  Quoi?  Elle n’en savait trop rien.  La jeune fille jetait de temps en temps des coups d’oeil au bidon dans la pièce.  Quel curieux phénomène l’avait poussé à agir comme une gamine? Elle se décida enfin à parler:
-Vous ne m’avez pas demandé mon nom!

L’homme sourcilla et lui répondit
-Je ne suis pas du genre bavard…
En effet, le silence ne semblait pas être une source de malaise pour lui.  La jeune fille bafouilla :
-bien… heuu moi j’aimerais savoir le votre.
-Jack
-Jack…Vous faites quoi ici, Jack?
Elle regretta aussitôt de lui avoir posé la question.  Un évadé de prison, un assassin?  Voulait-elle vraiment connaître son secret?  Devra-t-il la tuer par la suite?
Jack sans préciser confirma l’évidence :
-Je vis ici.
Elle se contenta de sa réponse et soupira.  Allongée sur le lit, la jeune fille fixa le plafond en regardant, avec une fascination étrange, les ombres danser.

Rapidement, elle fut de retour dans la clairière.  Il ne neigeait plus. Le ciel désormais désencombré des nuages, on y découvrait la pleine lune.  La jeune fille marchait sur un sentier de glace durcie et, conforme à la logique propre au rêve, elle se dirigeait vers sa maison, bien qu’elle ne vivait réellement qu’à des centaines de kilomètres d’une telle forêt.  La jeune fille sentit une présence derrière elle.  Un loup.  Elle se retourna.  La gigantesque bête, une lueur sombre luisant dans ses iris bleus, grognait agressivement les lèvres retroussées laissant voir ses dents acérées.  La jeune fille ouvrit ses yeux et se réveilla.

Le chasseur allongé près d’elle dans le lit dégageait une forte odeur et une chaleur animale.  Elle resta d’abord sans bouger ne sachant pas de quelle façon elle pouvait se lever sans le sortir de son sommeil.  Il respirait profondément.  La jeune fille sentait son haleine dans son coup.  Elle tenta de se glisser sur le matelas et de mettre ses pieds par terre, mais l’homme, à son premier mouvement, enserra la jeune fille de son bras gauche.  De sa grande main rugueuse, il lui empoigna rudement un sein.  Cela lui coupa le souffle.   Terrorisée par son geste, trop faible et menue pour repousser le corps puissant de l’étranger, elle resta dans cette position. Elle fixa le vide devant, puis leur silhouette sous les draps qu’elle discernait à peine avec la noirceur.  De nouveau entièrement dénudée, la jeune fille sentait son entrejambe humide, ses lèvres intimes palpitantes, irritées.  Comment pouvait-elle avoir dormi si profondément et n’avoir aucun souvenir de la nuit?  La jeune fille retrouva le sommeil enfin, de longues heures plus tard, tel un animal effrayé capturé dans un piège.

Partie 6- Le désir

À son réveil, l’étranger déjà debout nourrissait un feu dans l’âtre.  La rescapée posa ses pieds sur le plancher froid en se frottant les paupières.  L’homme mit sa veste et lui lança de sa voix grave :
-Je vais chercher à déjeuner.
Il sortit de la cabane en refermant la porte avec vigueur.  L’air encore frigorifique, l’haleine de la jeune ville se cristallisait devant son visage.   Elle garda une jetée en laine rêche sur ses épaules et elle courut s’asseoir les jambes croisées sur un coffre près de la fenêtre.  La jeune fille regarda à l’extérieur.  Quelques flocons tombaient, mais il ne ventait plus.  Les branches des conifères pliaient sous le poids de la neige.  Le paysage couvert de blanc laissait entrevoir quelques troncs d’arbre brun-noir.  Le monde semblait provenir d’une image sans couleur d’un vieux téléviseur.  Touche de rouge dans cet univers, enfin, le chasseur rentrait à la cabane.  Il marchait lentement avec ses raquettes et, dans sa main droite, tenait deux lièvres.  Il regardait autour de lui, l’air grave.  Elle l’observa.  Visage carré, teint hâlé, son épaisse barbe blonde lui donnait beaucoup de virilité.  Le souvenir du froid lui piquant la peau revint à la jeune femme.  Elle sourit en réalisant le caractère pratique d’une bonne pilosité lorsque l’on vit au fond des bois.  Pensive, elle constatait maintenant sa chance d’avoir été sauvé la nuit passée.  Dans son esprit se dessinait l’image de son corps glacé, inerte, enseveli sous une tonne de neige.  Elle posa son regard sur les mains du chasseur.  Il ne portait pas de gants et tenait fermement les bêtes par leurs oreilles.  Elle se demanda de quelle façon il l’avait ramenée jusqu’ici.  L’avait-il traînée par les cheveux comme un homme des cavernes, jeté sur l’épaule comme pour un bucheron ou transporté dans ses bras comme un prince?

Elle sentit le rouge monter à ses joues et elle surprit une certaine chaleur apparaître dans son bas ventre lorsque le regard intense de Jack, presque bestial, se posa sur elle à travers la fenêtre.  La jeune fille quitta d’un saut son perchoir afin d’enfiler rapidement ses vêtements éparpillés par terre.  Au moment où elle serra de nouveau la lourde couverture autour de ses épaules, Jack entra dans la maison et lança les lapins sur une grande table, puis pointa un tas de fourrure à l’autre extrémité du meuble.
-Le chevreuil.  Faut gratter sa peau.
Elle s’approcha de l’établi lentement et toucha les derniers vestiges du cervidé.  L’intérieur était passablement visqueux.  La jeune fille de descendances amérindiennes, pourtant, ne possédait ni l’habitude de ses ancêtres ni de connaissances en tannage.  La novice prit le couteau rouillé à sa disposition et se tourna vers Jack.  Il acquiesça et retourna à ses préoccupations.  Il avait déjà apprêté les lièvres, leur chair à vif, il les avait empalés sur une broche afin de les griller sur la braise.   Elle commença donc à gratter la graisse à l’envers de la fourrure du chevreuil.  Il se dégageait de la peau une odeur vaguement nauséabonde et ses doigts glissaient sur le manche qui devenait poisseux à son tour.  Après une quinzaine de minutes à faire n’importe quoi, elle reposa le couteau.
-J’ai la tête qui tourne.

Ses yeux se dirigèrent vers le bidon toujours en place sur la petite table basse.
-Je dois être déshydratée.
Pourquoi sentait-elle la nécessité de justifier sa soif, un besoin normal?  Qu’avait-il de particulier?  Pourquoi perdait-elle presque connaissance à chaque fois qu’elle buvait de ce liquide? Non, ce n’est que de l’eau… pure coïncidence.  Le chasseur aperçut sa rescapée fixant le contenant de plastique et il sourit.  Il s’approcha de la petite table basse et posa ses mains sur le réservoir.  Les pupilles de la fille se dilatèrent.  Poussée par un désir incontrôlable, elle se dirigea vers Jack et prit au passage une gamelle
pour qu’il lui verse de ce délicieux élixir.  Elle but l’eau d’un trait et jeta par terre la tasse d’aluminium, son regard perdu sur le corps de l’homme.  L’épaisse chemise à carreaux rouge de Jack légèrement ouverte, elle voyait le bas de ses pectoraux se dessiner et créer une ombre sombre sur son abdomen plat.  Quelques boucles blondes cachaient ses mamelons foncés. Les yeux de la jeune fille pistèrent la ligne dorée jusqu’au nombril, puis le ventre de l’homme ou une ceinture retenait fermement ses pantalons en place.  Tout à coup, des sueurs froides lui glacèrent le corps.  Elle fut d’abord prise d’un étourdissement et ensuite, comme poussée par un besoin intense, les jambes flageolantes, ses doigts agrippèrent les pans de la veste du chasseur.  Elle tira énergiquement le tissu vers elle ce qui fit céder les derniers boutons-pression de la chemise et révéla le torse de Jack en entier.  À son mouvement, l’homme s’empara des hanches de la jeune fille et ramena son corps violemment vers le sien.  Il empoigna la longue chevelure de la rescapée afin de garder le contrôle sur son visage et de ses lèvres, il l’embrassa sauvagement.

Partie 7- La faute de l’eau

Il la poussa finalement sur la table et son dos frappa les planches d’un bruit mat.  Le chasseur arracha d’un seul coup sec les pantalons de la jeune fille et souleva son chandail révélant sa forte poitrine.  Un peu sonnée par la violence de sa réaction, elle regarda craintivement Jack qui d’un geste rapide dénouait sa ceinture.  Il tira puissamment sur ses jambes menues et la pénétra farouchement.  Jamais elle n’avait été avec un homme aussi brutal, mais elle se surprit à aimer sa rudesse.  La sueur sur le torse de Jack ruisselait déjà.  Il se coucha sur elle haletant, le poids de son corps meurtrissant les os des hanches de sa rescapée clouée sur le bois rugueux de la table.  Il mordillait la peau de ses lèvres avec férocité et râpait sa poitrine douce de sa barbe rêche.  Toutes ses petites sensations déplaisantes contribuaient à faire grimper son désir pour l’homme.  Pouvait-elle éprouver du plaisir dans la douleur?  Elle voulut poser ses mains sur la chevelure emmêlée de Jack, mais il enserra aussitôt ses poignets et plaqua ses membres délicats sur le meuble l’empêchant désormais de bouger.  Les mouvements de Jack devinrent plus rapides, plus insistants.  Elle sentait l’euphorie monter en elle, un peu honteuse.  Mais comme envoûtée par la situation, elle laissa un puissant orgasme l’envahir.  Au cours de ce moment d’extase, malgré ses nombreuses expériences passées avec les hommes, elle réalisa qu’elle vivait pour la première fois une relation intime vraiment enivrante. Ses gémissements agissant comme un effet déclencheur, Jack poussa fermement son bassin contre le corps de la jeune fille et il y déversa sa jouissance.

Elle s’était allongée sur le lit de fortune.  Sa chair meurtrie, battue, l’énergie lui manquait et elle éprouvait une étrange sensation entre le dégoût et le bien-être qui la rendait mal à l’aise. Quant à Jack, retourné près du feu, il avait rapidement remonté ses pantalons et avait rattaché sa ceinture après leur violente union.  Il n’avait pas adressé la parole à sa rescapée depuis, aucun regard intéressé dans sa direction non plus, comme si elle n’existait plus.  De son côté, la jeune fille tentait de comprendre ce qui s’était réellement passé.  Son amant la répugnait.  Crotté, il sentait fort et son caractère animal sans raffinement confirmait que l’étranger vivait dans cette maison sans contact humain depuis longtemps.  Lentement, une idée émergeait dans son esprit.  Le contenu du bidon était douteux et Jack y avait mis une drogue quelconque.  Selon elle, ceci expliquerait son comportement hors norme envers cet étranger qui pourtant, d’un point de vue purement physique, aurait pu lui plaire, mais que dans cet environnement, il se trouvait à des années-lumière de ce qui l’attirait habituellement chez un amant.  Jack lui apporta du lièvre grillé dans sa gamelle.  Elle regarda sa grande main souillée avec écoeurement.  Nauséeuse, elle repoussa le récipient en hochant la tête.  Il haussa les épaules et s’assied bruyamment sur la petite chaise de bois.

Encore, de longues heures passèrent.  Le chasseur s’affairait dans la maison.  Il entrait et sortait de la cabane.  Elle n’osait pas bouger, se faire invisible jusqu’au lendemain, jour où elle pourrait quitter cet endroit.  L’angoisse revenait tranquillement et regagnait du terrain sur sa quiétude.  À la tombée de la nuit, son regard s’attardait depuis un moment sur le contenant de plastique sur la table.  Elle refusait de se laisser à nouveau séduire, mais elle avait soif et ne connaissait pas d’autres sources d’eau dans cette maison ou ailleurs que ce bidon.  Elle pouvait évidemment faire fondre de la neige, mais elle ne voulait pas risquer d’avoir l’air suspect aux yeux du chasseur.  S’il savait qu’elle avait découvert son secret, comment se comporterait-il?  De plus, son inexplicable attirance envers le goût frais, légèrement sucré du liquide devenait follement incontrôlable.  Une envie extrême la poussa hors du lit et elle se dirigea à toutes jambes vers le bidon.  Empressée, la jeune fille but une fois de plus directement au goulot.  La sensation de l’eau sur sa langue moins exaltante que prévu étancha tout de même sa soif et soulagea temporairement son malaise.  Pendant ce temps, l’homme préparait la cabane pour la nuit.  Il considéra avec étonnement et curiosité la vitesse à laquelle sa rescapée avait franchi la distance entre le lit et le coin opposé de la pièce pour ensuite retourner sagement s’allonger sur le matelas.  Jack mit enfin quelques bûches dans l’âtre avant de se dévêtir.  Il laissa choir sa chemise par terre et remonta ses cheveux pour les attacher avec son lacet de façon hirsute sur le dessus de son crâne. Tournée vers le feu, son grand dos musclé était visible au regard de sa rescapée qui détaillait pudiquement son corps pendant que l’homme s’affairait à détacher ses pantalons.  Au moment où  le reste de ses vêtements de son amant tomba à ses pieds et que la jeune fille permit à ses yeux , quelques secondes de trop, de suivre la rondeur des fesses de l’étranger, elle se retourna pour faire face au mur.  Soupir.  Elle sentit Jack s’allonger près d’elle et ses bras l’entourer avec force.  Au creux de la poitrine de l’homme, elle s’était d’abord fortement raidie, mais tranquillement son corps se relâcha et la jeune fille commençait à savourer sa présence.  Tout doucement, elle ferma les paupières et s’endormit au son des battements de coeur de son amant.

Partie 9- Un dernier rêve

Après quelques heures de sommeil, elle rêvait à nouveau.  Dans la forêt, la jeune femme marchait entre les arbres vers une tanière.  Un animal se cachait dans cet abri de pierre, on pouvait voir ses yeux luire depuis le bois.  Contrairement aux derniers songes, elle n’était pas effrayée.  Curieuse, elle voulait entrer, se glisser dans son antre pour mieux l’observer.  La jeune femme, maintenant à l’intérieur de la grotte, rampait vers le loup afin de poser ses mains sur son pelage doré reflétant la pleine lune.  Toutefois, dès qu’elle fut suffisamment proche, la bête sauta d’un bond sur elle et la plaqua férocement sur le sol.  De ses crocs, elle visa la jugulaire.  Mais réellement, au lieu d’un loup mordant mortellement la jeune fille au cou, c’était plutôt l’homme qui la montait et qui embrassait frénétiquement son encolure.

Elle s’était réveillée et profitait des violentes caresses de son amant.  Une vague impression de «déjà vue» convainc la jeune femme que Jack l’avait possédé également la nuit dernière.  Une lueur de désir dans le regard de l’étranger brillait.  Ébloui par la chair de la jeune fille, il faisait glisser ses mains, palpant ses formes de façons décidées, bien que maladroites.  Elle réalisa le plaisir intense d’être à ce point convoité et le délice d’être aimé d’un homme sans retenue, sans inhibition.  La jeune fille se laissa dominer par l’appétit bestial de son amant.  Apprivoisé, il lui permit cette fois de toucher son corps étrangement animal.  Elle pouvait engager ses doigts dans les boucles de son torse, suivre les courbes des muscles de ses épaules pendant que Jack labourait son entre jambes avec ardeur.  Elle devinait que désormais elle ne pourrait plus se contenter des garçons insipides qu’elle fréquentait dans son autre vie.  À l’avenir, elle aurait besoin d’un mâle comme lui.  Elle savait déjà qu’elle ne l’oublierait jamais.

L‘aube arriva un peu trop vite.   Très tôt le matin, Jack avait préparé des provisions pour la randonnée.  Il avait rempli une gourde en cuir pleine d’eau, celle du bidon.  Pendant le chemin, les deux amants gardèrent le silence.  Au grand soleil, la nature s’éveillait après la tempête et des oiseaux chantaient.  Souvent, le chasseur s’arrêtait pour vérifier ses pièges et dans le regard de l’homme elle perçut la lueur d’une intelligence particulière.  La jeune fille comprit qu’il vivait probablement seul ici depuis beaucoup trop longtemps, mais qu’il s’était adapté à son environnement.  Quoique curieuse, elle n’osait plus le questionner.  Elle désirait savourer les dernières heures à ses côtés en paix.

Rapidement, une voiture s’approcha de l’endroit où elle avait posé les pieds sur la terre battue de la route.  La jeune fille barra le chemin au conducteur en agitant frénétiquement les bras.  Il la fit monter à bord :
-Où vas-tu?
-Ailleurs.  En ville.
Elle jeta un regard par la fenêtre, mais déjà le chasseur se trouvait invisible, quelque part entre les troncs d’arbres foncés du bois.

Le lendemain, elle rencontra Jean-René, professeur au département de biochimie de l’université.  Cet homme s’approchant, il clama haut et fort:
-H2O, calcium, magnésium… de l’eau de source ma belle!
La jeune fille regarda son ami en sarrau blanc, d’un air incrédule.  Suivi d’un rire cristallin, qu’elle avait un jour trouvé charmant, il lui demanda :
-Tu cherchais quelque chose en particulier?
Honteuse, serrant sa gourde contre sa poitrine, elle se retourna et le remercia en se dirigeant vers le bout du grand couloir illuminé.  De ses habits parfaitement immaculés, les cheveux noirs, court et bien peigné, son ami lui lâcha, avant qu’elle est franchie les portes-battantes :
-Tu ne m’as pas parlé de ton week-end!  Faudra se faire un café… toute seule dans le bois avec seulement un sac à dos pendant deux jours, il doit bien y avoir de quoi à conter!
Elle se retourna, lui sourit et poussa la porte.

FIN.

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Let’s kiss..

Let’s kiss like we’ve only lips.

and all the rest stop mattering

like we can goes days without surfacing

if the air we’re breathing

came from each other

I will kiss you like it’s all

I will ever do and in hands

are only for pulling you closer.

Let’s dance with these mouths

and the only music we’ll here

will be soft moans

when we pause for a moment.

Tell your finger my hair is waiting

and I will tell you everything

you’ve ever wanted to know

without a single sound.

-Tyler Knott Gregson

Désert, route, mer, montagne … et amie.

C’est souvent les voyages les plus improvisés qui sont les meilleurs. Mais, c’est certainement les moins planifiés qui sont les plus épuisants. Je croyais être en mesure de couvrir plus d’espace, plus d’horizons avant de m’ennuyer de la maison. J’imaginais pouvoir passer du temps tranquille à écrire, à lire, à penser… Finalement après deux semaines, j’en avais déjà marre de la route, des gens qui grouillaient partout pour profiter des attractions touristiques les jours de week-end. Heureusement, nous avons eu la bonne idée de visiter Joshua’s tree pendant la basse saison. Car, il faut se le dire, qui aurait l’entendement d’aller dormir dans un désert lorsque le jour à l’ombre on compte 100 degrés F? Le soleil couché, le mercure devait frôler le climat printanier du Québec, et ceci aurait pu nous promettre une nuit des plus agréables. Mais le bruit. Le vacarme des campeurs tardifs, qui se sont trouvé une place à la dernière minute pour faire un feu de joie et festoyer m’a miné le moral. Nous devions attendre jusqu’à une heure du matin pour qu’ils se décident enfin à décamper. L’humeur aigrie, je n’ai pas touché à mon clavier, je n’ai pas ouvert mon roman, j’ai contemplé le toit de ma tente en espérant avoir la paix, celle que je voulais tant et qui m’avait fait traverser le continent d’un bout à l’autre pour l’obtenir. Le lendemain, nous avons marché un peu, puis repris la route vers le nord pour nous retrouver dans la cité des anges déchus du Hollywood décrépi. Puis Malibu et sa plage inexistante, puis le bateau pour Catalina. Deux jours de pure détente. L’espoir renaissait, malgré la froideur de l’eau, j’ai battu mon record personnel de profondeur. Après cet intermède salutaire, la route encore. Je ne me rappelais plus à quel point le territoire américain était vaste: kilomètres de bitume, pacifique au froid cinglant, mer calme d’été, aucune vague profilée. J’ai profité du paysage que j’avais contemplé jadis avec une impression de déjà vu et une hâte de me retrouver assise dans un café à écrire plutôt qu’avoir une carte géographique en main, l’oeil averti pour dénicher un hôtel bon marché ou un terrain de camping disponible.

Après presque une semaine de dérive, nous sommes arrivés à Monterey, nous avons vagabondé un peu dans les rues de la ville et nous avons lancé un appel d’aide à notre amie de la banlieue de San Francisco. Nous avions un besoin vital d’un pied-à-terre, d’un port d’attache, et elle nous l’a offert les bras ouverts. Exhalation à Santa Cruz, relaxation dans le parc du Golden Gate, nuit en plein air dans le parc de Yosemite, dégustation de vin dans la vallée de Napa, c’est avec enfin un sentiment de contentement que j’ai repris l’avion pour revenir à la maison, une fleur dans les cheveux et un skateboard dans mon sac à dos…

« If you are going to San Francisco… » 

IL MEURT LENTEMENT CELUI QUI….

Un ami m’a envoyé ce super beau poême et je voulais le partager avec vous 🙂

« Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd’hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d’être heureux!

-Pablo Neruda

Darkness… and hope.

“Go where the pleasure is in your writing. Go where the pain is. Write the book you would like to read. Write the book you have been trying to find but have not found. But write. And remember, there are no rules for our profession. Ignore rules. Ignore what I say here if it doesn’t help you. Do it your own way. Every writer knows fear and discouragement. Just write.The world is crying for new writing. It is crying for fresh and original voices and new characters and new stories. If you won’t write the classics of tomorrow, well, we will not have any.”
Anne Rice